Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 09:20

Aujourd’hui dimanche, autocitation

 

Moi, Mordicus, on m’a proposé de devenir le roi des Belges.

Bien sûr, j’ai cru que c’était une plaisanterie.

On m’a téléphoné un soir, il était tard, je me tournais et me retournais dans mon lit.

C’était la fin de l’été, un moustique ne cessait de m’agacer les oreilles, j’étais fatigué et je n’avais pas le courage de faire la lumière et de me lever pour lui courir après et l’écraser contre le mur.

Et voilà le téléphone qui sonne.

Qui sonne et qui insiste, j’ai fini par me lever.

– Monsieur Mordicus, ne voudriez-vous pas devenir le roi des Belges ?

J’ai raccroché, sûr qu’on se moquait de moi, je n’aime pas ça du tout.

Mais, le lendemain matin, dans mon courrier, une lettre de Belgique.

Avec plein de cachets officiels.

« Cher Très honoré Monsieur Mordicus, voulez-vous devenir le roi des Belges ? N’hésitez pas, il vous suffit de répondre par retour du courrier. »

J’ai senti la perplexité m’envahir et longtemps je suis resté debout la lettre à la main, près de la fenêtre ouverte.

Sans y prêter grande attention, j’entendais la voisine de l’étage en dessous gronder son chat qui avait fait ses besoins sur le tapis.

Quand finalement j’ai replié la lettre et que je l’ai rangée dans mon tiroir, j’étais toujours aussi perplexe.

Qu’est-ce qui leur prenait, à ces Belges, de me proposer de devenir leur roi ?

Pourquoi à moi, Mordicus, qui n’y connaissais rien dans les affaires de royauté ?

Mais quelques jours plus tard, on a frappé à ma porte, c’était une délégation de Belges.

Ils étaient venu si nombreux que je n’ai pu les faire tous asseoir.

Quelques-uns sur les chaises, quatre serrés sur mon lit et les autres ont dû rester debout.

Il y avait des hommes et des femmes, des jeunes et des vieux, des pâles et des rougeauds, des obèses et des très maigres, des sévères et des souriants, des moustachus, des barbus et des glabres, et deux militaires.

Mon petit logement était plein à craquer.

– Monsieur Mordicus, a dit celui qui paraissait le plus important, nous avons fait le déplacement jusqu’à chez vous car nous voudrions que vous deveniez le roi des Belges.

Moi, Mordicus, je me sentais très intimidé.

J’ai proposé de leur préparer du café mais ils ont refusé très poliment.

Ça m’arrangeait bien, je n’avais que trois tasses, de plus elles traînaient dans l’évier, elles n’étaient même pas lavées.

– Monsieur Mordicus, a dit un des militaires, ça nous ferait tellement plaisir que vous acceptiez.

– Mais pourquoi moi ? Je ne connais rien aux affaires des Belges, j’ai répondu.

– Ca n’a aucune importance, a dit une femme à la chevelure opulente et qui arborait une superbe décoration sur la poitrine.

Elle portait des lunettes avec des verres épais comme des loupes.

– Ce qui est important, c’est que tous les Belges ont envie que vous deveniez leur roi, a ajouté son voisin d’une voix grave.

Il a écarté les lèvres et des dents énormes sont apparues.

Comme je ne répondais rien, ils se sont tous mis à scander très fort :

MOR-DI-CUS-ROI-DES-BEL-GES ! MOR-DI-CUS-ROI-DES-BEL-GES !

Si fort que la lampe au-dessus de la table se balançait en cadence.

Alors moi, Mordicus, je me suis senti encore plus intimidé.

D’un seul coup, la peur s’est emparée de moi.

Tous ces Belges me désiraient avec une telle intensité, avec un tel appétit !

Je voulais leur dire non mais je n’osais pas.

Je les voyais avaler leur salive au point de faire tressauter la pomme d’Adam.

J’étais comme un ver de terre entouré de grosses poules avides de le dévorer.

– Je vais réfléchir, j’ai balbutié, je vais réfléchir et je vous écrirai.

Ils ont tous eu l’air très déçu et ils ont insisté encore pour que j’accepte immédiatement de devenir leur roi.

J’ai trouvé le courage de répéter que je leur écrirais.

Alors, à regret et très lentement, ils ont quitté mon petit logement.

Beaucoup se retournaient encore pour s’assurer que je ne changeais pas d’avis.

Dès que le dernier Belge a franchi la porte, je l’ai soigneusement refermée et j’ai mis le verrou.

Ah ! C’est que je n’en menais pas large !

Moi, Mordicus, je n’avais aucune envie de devenir le roi des Belges.

Mais comment le leur expliquer, à ces Belges qui me désiraient tellement ?

Et c’est qu’ils allaient revenir à la charge !

Il fallait que je disparaisse au plus vite, qu’ils perdent ma trace.

Aux abonnés absents, Mordicus, parti sans laisser d’adresse !

En un, deux, trois, j’ai fait mon baluchon et j’ai été m’établir ailleurs, très loin, je ne vous dirai pas où.

Mais depuis, je reste sur le qui-vive.

S’ils me retrouvaient, ces Belges ?

C’est qu’ils ne vont pas renoncer si vite !

Alors moi, Mordicus, avant de mettre le nez dehors, j’examine attentivement s’il n’y en a pas un qui s’est planté en sentinelle au bout de la rue.

 

                        Paul Emond, Les aventures de Mordicus, à paraître

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Les aventures de Mordicus
commenter cet article
22 septembre 2013 7 22 /09 /septembre /2013 21:32

(Aujourd'hui dimanche, autocitation)

 

MORDICUS A UN TRUC

  

Moi, Mordicus, j’ai un truc.

Un truc pour me faire adopter.

Je m’incruste.

Je choisis cela qui va m’adopter, je me pose tout près lui et je m’incruste.

Voilà justement un chameau qui passe.

Je le suis sans mot dire.

De temps en temps, il se retourne d’un air étonné.

Mais moi, Mordicus, je continue à le suivre.

On arrive au désert.

Le chameau ne se retourne plus et s’enfonce dans le désert.

Tu essaies de me dégoûter, chameau, mais tu n’y parviendras pas.

J’ai confiance en mon truc.

Et je continue à le suivre.

Bien sûr que je transpire.

Bien sûr que je crève de chaud.

Bien sûr que je manque de mourir.

Et lui, le chameau, imperturbable, il poursuit sa route.

Mais tôt ou tard, je le sais, il se retournera.

Et en me voyant, il aura l’air inquiet.

Oh ! il ne dira toujours rien, mais pas de problème.

Moi, Mordicus, je continuerai à m’accrocher, à m’incruster.

Le chameau poursuivra sa route et je continuerai à la suivre.

Et quand il se retournera encore, il aura l’air plus inquiet encore.

Et juste à ce moment-là, je serai pris d’un vertige et je m’écroulerai.

Alors, le chameau fera demi-tour, il s’agenouillera, ouvrira une de ses deux bosses et me donnera à boire.

  

    Paul Emond, Les aventures de Mordicus. Histoires plaisantes et à dormir debout. 

 Inédit.

 

 

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Les aventures de Mordicus
commenter cet article
4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 21:41

 

 (Aujourd’hui dimanche, autocitation)

 

Moi, Mordicus, ce jour-là, j’ai commencé par perdre une dent.

Une dent de devant.

Un beau matin, en me levant.

Machinalement j’ai poussé la dent avec ma langue et ma dent est tombée.

Ma femme m’a regardé :

Mordicus, avec ta dent en moins, tu es vraiment trop laid, je te quitte.

Elle a pris ses cliques et ses claques et a disparu.

Même pas une heure après, le téléphone a sonné, c’était l’avocat de ma femme.

Monsieur Mordicus, à l’exception de votre brosse à dents, tout ce qui se trouve chez vous appartient désormais à votre femme, puisqu’il est évident, monsieur Mordicus, qu’avec votre dent en moins elle obtiendra le divorce à vos dépens. Sans perdre de temps et en toute légitimité votre femme vient donc de vendre la maison, aussi un camion de déménagement emportera-t-il tous les biens qui s’y trouvent et qui désormais lui appartiennent.

Je n’ai pas eu le temps de raccrocher que déjà le camion s’arrêtait devant la maison.

Trois malabars sont entrés d’un air menaçant et en gonflant les pectoraux.

– T’as intérêt à filer, avant qu’on ne te réduise en miettes, bonhomme avec une dent en moins.

Alors, moi, Mordicus, je suis parti sans demander mon reste et j’ai marché sur la longue route.

Au bout de la longue route, j’ai rencontré un vagabond, lequel vagabond s’est adressé au vagabond que j’étais devenu.

– Viens, mon camarade, il m’a dit, t’es vraiment trop laid avec ta dent en moins mais je veux te consoler, j’ai là une fameuse bouteille, on va la vider tous les deux.

On s’est assis dans un fossé, on a vidé tous les deux la fameuse bouteille.

La gnôle était si forte qu’il n’a pas fallu longtemps pour qu’elle m’endorme.

Quand je me suis réveillé, mon camarade n’était plus là.

Il avait pris l’argent qui me restait, et ma veste, et ma ceinture, et mes groles, et même ma chemise.

C’est alors que je me suis rendu compte combien il faisait froid, pour tout dire il gelait à pierre fendre.

La nuit était tombée.

Tout là-haut, la lune brillait et plein d’étoiles l’entouraient.

Tous ces astres formaient un somptueux tableau.

Alors, moi, Mordicus, j’ai contemplé sans fin ce somptueux tableau et j’ai éprouvé une joie céleste.

           

Paul Emond, Les aventures de Mordicus. Histoires plaisantes et à dormir debout  

Inédit.

 

 

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Les aventures de Mordicus
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Paul Emond
  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
  • Contact

Recherche

Archives