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13 octobre 2010 3 13 /10 /octobre /2010 19:16

Qu’il vienne de recevoir le prix Nobel de littérature me fait grand plaisir. L’auteur péruvien est un des géants du roman contemporain. Je suis loin de connaître tout ce que l’on a traduit de lui mais j’ai beaucoup aimé chaque livre que j’ai lu. Quel bonheur pour la littérature qu’il ait été battu aux élections présidentielles de son pays en 1990 ! Que serait devenu l’écrivain s’il avait assumé un pouvoir politique ? Voilà en tout cas qui serait un beau sujet de roman…

 

La ville et les chiens, La tante Julia et le scribouillard, Eloge de la marâtre, La guerre de la fin du monde sont des œuvres d’une très grande force. Mais le roman de Vargas Llosa qui m’a vraiment captivé est La fête au bouc, longue, intense et minutieuse description de la fin du règne de Trujillo, le dictateur dominicain, et de son assassinat en 1961, après 31 ans de pouvoir absolu. Sur le mécanisme de la terreur dictatoriale et sur la violence avec laquelle ce mécanisme avilit l’individu au plus profond de son être, je n’ai lu d’aussi saisissant, je crois, que certains textes d’Ismaïl Kadaré (je pense par exemple au Palais des rêves). De La fête au bouc, j’avais notamment recopié ceci, à propos d’un des participants à l’attentat contre Trujillo : 

 

« C'est ce malaise, pendant tant d'années, de penser une chose et d'en faire une autre chaque jour la contredisant, qui le poussa, toujours dans le secret de son esprit, à condamner à mort Trujillo, à se convaincre que, tant qu'il vivrait, lui et quantité de Dominicains seraient condamnés à cet horrible malaise et ce dégoût de soi-même, à se mentir à chaque instant et à tromper tout le monde, à être deux en un, un mensonge public et une vérité privée interdite d'expression. » 

 

C’est aussi un livre qu’on ne lâche pas une fois qu’on l’a entamé. L’auteur a un sens aigu de la narration parfaitement architecturée : le récit de la fin de la dictature alterne avec celui de la confrontation terrible (je ne dirai pas ici pourquoi), bien des années plus tard, d’une jeune femme revenue au pays et de son père, ancien dignitaire du régime. Il faut dire que la lecture de ce roman est loin d’être de tout repos : Vargas Llosa est manifestement fasciné par les rapports de domination entre les individus et n’hésite pas à en montrer la violence parfois extrême.

 

Il excelle aussi à détailler la personnalité profonde de ses personnages. La perversité et l’intelligence du dictateur sont comme passées au laser, de quoi nous rappeler que seul un romancier peut naviguer ainsi dans un cerveau…

 

Alors qu’est annoncé ce prix Nobel, je suis en train de relire le remarquable ouvrage de Jacques Dubois, Les romanciers du réel (Seuil, collection Points Essais), De Balzac à Simenon, en passant par Stendhal, Flaubert, Zola, Maupassant, Proust et Céline, la grande tradition réaliste du roman français y est analysée en détail, ainsi que la façon spécifique dont s’y inscrit chacun de ces romanciers. Mais quel auteur français de l’actuelle génération pourrait rivaliser avec la prise en charge romanesque du réel telle qu’elle apparaît chez un Vargas Llosa ? Disons que c’est juste une question…

 

 

 

 

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Auteurs d'aujourd'hui
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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