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15 octobre 2010 5 15 /10 /octobre /2010 13:13

Je parlais la fois passée de la passion de Vargas Llosa et de Chabrol pour Emma Bovary. Aimer la littérature, c’est se faire pour la vie des amis imaginaires. De combien d’adolescents de combien de génération, un d’Artagnan n’a-t-il pas été le compagnon secret ? De temps à autre, ma rêverie me ramène à un roman que j’aime particulièrement, voire au souvenir de telle ou telle scène précise. Contentement alors d’y revoir l’un ou l’autre de ces personnages qui, avec le temps, me sont devenus des compagnons familiers. Parfois, il suffit, pour me les faire retrouver, d’un événement fortuit. Ainsi, l’autre jour, assistant à ce qu’on appelle un dialogue de sourds entre deux personnes avec lesquelles je me trouvais, m’est revenue à l’esprit et pour mon plus grand plaisir une discussion où don Quichotte et Sancho s’envoient à la tête une kyrielle d’arguments dont l’autre n’a précisément que faire. La mimique que j’ai dû prendre devait être un peu particulière car les deux personnes en question ont brusquement arrêté leur débat pour me regarder. (Un grand ami comédien, malheureusement décédé, m’avait raconté qu’au plus fort d’une scène de ménage avec sa compagne d’alors, il avait soudain éclaté de rire, se rendant compte que les dernières phrases acerbes qu’il venait de lui adresser étaient, mot pour mot, des répliques d’une pièce de Feydeau…)

 

Tant d’amis, quand on a beaucoup lu ! J’ai beau vieillir, le jeune Fabrice Del Dongo reste un de mes préférés. Je pense souvent à lui, qu’il soit perdu dans la tourmente de Waterloo ou heureux dans la tour Farnèse. Voilà pourquoi sans doute il m’arrive de dire que le monde se divise en deux, qu’il y a ceux qui ont lu La Chartreuse de Parme et ceux qui ne m’ont pas lu ; il y a ceux qui, comme moi, ont Fabrice pour ami et ceux qui n’ont pas la chance de le connaître…

 

De ces personnages que j’aime, je ne vais pas essayer de dresser ici la liste. Elle serait très longue, j’ai le cœur large. Juste avouer encore que je m’amuse énormément à me promener dans la province russe avec Tchitchikov, le héros des Ames mortes de Nicolas Gogol, et que j’ai une tendresse infinie pour ceux que j’appelle « les trois K », les protagonistes des trois romans de Kafka, Karl (L’Amérique), Joseph K. (Le procès) et surtout K. (Le château). Ceux-là se promènent comme des ombres dans le monde qui est le leur et, pourtant, évoquer leur errance m’est à chaque fois une sorte d’illumination. Les premières phrases du Château, la façon dont est y suggéré l’inconnu auquel il faut faire face, ont pour moi quelque chose de magique :

 

« Il était tard lorsque K. arriva. Le village était enfoui sous la neige. On ne voyait rien de la colline, pas la plus faible lueur qui indiquât le grand château. Longtemps K. resta debout sur le pont de bois qui menait de la route au village regardant l’espace là-haut, apparemment vide. » (Presses Pocket, traduction Georges-Arthur Golschmidt.)

 

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Personnages
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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