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24 septembre 2010 5 24 /09 /septembre /2010 11:06

J’adore me replonger presque au hasard dans Tchékhov. J’ai la chance d’avoir les trois volumes de la Pléiade qui lui sont consacrées.  J’y redécouvre parfois des nouvelles, dont certaines très courtes, que j’ai lues il y a longtemps. Ainsi Ennemis (tome II, p.23-37). Un médecin vient d’assister, impuissant, à la mort de son jeune fils. Sa femme est prostrée sur le corps ; lui-même erre dans la maison, fou de douleur. On sonne. C’est un homme qui vient le chercher car sa femme à lui, dit-il, est au plus mal. Le médecin refuse de l’accompagner. L’homme insiste : il est le seul médecin de la petite ville ! Le médecin refuse encore : il n’est pas en état de soigner qui que ce soit. Mais l’homme insiste tant et tant que le médecin finit par le suivre. Ils traversent la ville en calèche. Quand ils arrivent chez l’homme, celui-ci se précipite dans la maison et constate alors que sa femme a filé avec son amant ; elle avait simulé un grave malaise pour que son mari laisse le champ libre. Colère du médecin d’avoir été dérangé pour un « mélodrame ». Il injurie le mari. Colère du mari quand il entend le médecin l’injurier :

 

« Ils se tenaient debout face à face et, dans leur colère, continuaient à se jeter des injures imméritées. Jamais sans doute de leur vie, même dans le délire, ils n’avaient dit autant de mots injustes, cruels et absurdes. Chez tous deux c’était l’égoïsme des malheureux qui se manifestait avec violence. Les malheureux sont égoïstes, injustes, cruels et moins capables que les sots de se comprendre mutuellement. Le malheur n’unit pas, il désunit et là où les gens devraient être liés par la certitude de leurs peines, il se commet bien plus d’injustices et de cruautés que dans un milieu relativement heureux. »

   

Qui d’autre raconte si bien la misère humaine ? Son tragique profond comme son versant grotesque ? Un critique disait de Tchékhov qu’ « il est le seul qu’on laisse serrer notre chair souffrante sans qu’il la blesse ».

 

Avis aussi aux scénaristes : quel sens précis, inné, de la situation dramatique trouve-t-on chez ce grand écrivain !

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Mes auteurs de chevet
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commentaires

Laurent Moosen 24/09/2010 15:01


Merci, Paul, Pour cette évocation d'un écrivain que je chéris particulièrement et dont justement je venais de relire "La dame au petit chien". Encore une fois l'art d'approcher le sentiment au plus
près sans l'écueil du sentimentalisme. Amitiés et au plaisir de te lire encore, ici comme ailleurs. Laurent


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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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