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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 10:38

Je relis quelques textes de Patries imaginaires, le gros livre qui rassemble des articles sur la littérature, et parfois aussi sur la politique, la peinture, le cinéma ou encore sur "l'affaire" des Versets sataniques, articles publiés par Salman Rushdie entre 1980 et 1990. Vingt ou trente ans plus tard, ils n’ont perdu en rien de leur pertinence et de leur attrait, bien au contraire. A travers la diversité des sujets et des analyses (Rushdie parle par exemple superbement de Raymond Carver ou d’Italo Calvino), c’est à une large méditation sur la littérature et surtout sur le roman que se livre l’auteur des Enfants de minuit et l’on y trouve nombre de réflexions qui, à leur manière, croisent celles que développe Milan Kundera dans ses grands essais (L’art du roman, Les testaments trahis, Le rideau, Une rencontre).

 

Comme Kundera, Rushdie revient à plusieurs reprises sur l’importance  – et qui n’a cessé de s’accroître depuis que ces textes ont paru – du phénomène de l’exil dans le monde contemporain. Sur la richesse profonde de l'exilé. Ceci, par exemple, à lire et à relire, à l’heure où les trompettes des protectionnismes, nationalismes et autres replis sur soi nous assourdissent les oreilles :

 

Le développement de la sensibilité de l'émigré est, je crois, un des thèmes centraux de ce siècle de personnes déplacées. Etre émigré c'est peut-être appartenir à la seule espèce d'êtres humains libres des chaînes du nationalisme (sans parler de son horrible frère le patriotisme). C'est une liberté lourde à porter. Le résultat des migrations de masse a été la création de types radicalement nouveaux d'êtres humains : des gens qui s'enracinent dans des idées plutôt que dans des lieux, dans des souvenirs autant que dans des choses matérielles, des gens qui ont dû se définir — parce que les autres le définissent ainsi — par leur différence ; des gens qui au plus profond d'eux-mêmes abritent d'étranges fusions, des unions sans précédent entre ce qu'ils étaient et l'endroit où ils se trouvent. A cause de la perte de leur milieu naturel, les émigrés doivent nécessairement créer un nouveau rapport d'imagination avec le monde. Le migrant se méfie de la réalité : ayant déjà vécu de plusieurs façons, il en comprend la nature illusoire. Pour voir les choses clairement, il faut traverser une frontière. »

Salman Rushdie, Patries imaginaires, Christian Bourgois éditeur, traduction d’Aline Chatelain

 

 

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Exil
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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