Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 13:18

   

On sait combien la littérature fantastique – et surtout celle initiée par le romantisme – a utilisé le thème du double. Souvent, l’apparition de ce double est dangereuse, nuisible, voire fatale pour le personnage. Hugo von Hofmannsthal, merveilleux écrivain autrichien du début du XX° siècle, en fait, dans Histoire de cavalerie, une évocation que je trouve exemplaire. Lisez donc :

 

   « A ce moment un  souffle lourd et rauque s'échappa du poitrail de son cheval, et comme il n'identifiait pas immédiatement ce bruit insolite , et  en cherchait l'origine d'abord au-dessus de sa tête et autour de lui, et enfin au loin, il aperçut de l'autre côté du pont, venant à sa rencontre à peu près à la même distance que lui, un cavalier de son propre régiment, et qui plus est, un maréchal des logis, et qui plus est, monté sur un bai  balzan.  Or, comme il savait  pertinemment qu'il n'y avait pas dans tout l'escadron un seul cheval de cette espèce, excepté celui qu'il montait lui-même en ce moment, et que d'autre part il ne parvenait toujours pas à distinguer les traits de l'autre cavalier,  il éperonna impatiemment son cheval jusqu'à  lui imprimer un trot rapide, sur quoi l'autre accéléra l'allure exactement dans la même mesure, si bien qu'ils n'étaient plus séparés que par un jet de pierre, et alors, à l'instant où les deux chevaux, chacun de son côté, avançaient à la même seconde le même pied blanc  à chaque extrémité du pont, le maréchal des logis, se reconnaissant dans l'apparition avec un œil hagard, cabra son cheval avec une violence insensée, et leva la main droite devant son vis-à-vis en écartant les doigts, sur quoi l'apparition, s'immobilisant de même et levant la main droite, ne fut soudain plus là, à sa droite et à sa gauche les soldats Holl et Scarmolin sortirent du fossé à sec avec des visages paisibles, et en même temps retentit au-delà des prés, puissant et tout proche, l'appel des trompettes de l'escadron, qui sonnait la charge. »

   (Œuvres en prose. Le livre de poche. Pochothèque.)

 

   D’autres doubles maléfiques ? William Wilson d’Edgar Poe ; La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl, l’homme qui a vendu son ombre d’Adelbert von Chamisso ; bien sûr, Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. N’hésitez pas à m’en signaler d’autres…

 

   J’aime beaucoup aussi – la rencontre y est simplement troublante, elle ne débouche pas cette fois sur un drame – L’autre, une nouvelle de Borges où l’écrivain raconte comment l’homme âgé qu’il est en 1969 rencontre un beau matin, sur un banc de Cambridge, dans le Massachusetts, au bord d’une rivière, le Borges jeune, de 1914, qui habitait Genève. Télescopage du temps et de l’espace…

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Thèmes
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Paul Emond
  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
  • Contact

Recherche

Archives