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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 17:39


 « Pourquoi achète-t-on un livre ? Sinon pour se procurer, procurer à son âme, un moyen de transport ; pourquoi (comme on ouvre sa radio) l’ouvre-t-on ? Pourquoi commence-t-on à écouter ou à lire ? Sinon pour se procurer une sorte d’enlèvement de l’âme hors du monde familier, usuel, automatique, changer de vitesse, vivre selon une autre cadence, et rejoindre un autre temps, un autre environnement, entourage, une autre société, un autre niveau, une autre lumière.

Le plus tôt est le mieux, – et nous aimons les ascenseurs très rapides.

(Ou bien nous aimons descendre dans une barque et éprouver aussitôt le mouvement de la mer, « enfoncer la minute » et « que tout le présent dans l’âme chavire ».)

Le grand art est de prendre le lecteur de plain-pied (sans qu’il s’en aperçoive et s’effraye), et de l’enlever aussitôt.

L’attaque a donc une grande importance. Le saisissement doit être immédiat et l’enlèvement réel : il ne faut pas que le lecteur bute, bronche, s’effraye, hésite, ait l’impression non peut-être de ne pas comprendre, mais de n’être pas compris, concerné. »

 

Voilà qui vient de me donner envie de me replonger dans tout ce qu’a écrit l’auteur de ces lignes. J'avais, un peu par hasard, saisi un de ses livres dans ma bibliothèque, l’avais feuilleté, laissé remonter en moi de vieilles sensations de lecture – comme on retrouve le goût d’un vin que l’on a apprécié mais que l’on n’a plu bu depuis très longtemps – et, à la dernière page, je suis tombé sur le texte que je viens de citer. Superbe réflexion sur l’attaque. D’abord par le versant de la lecture, puis par celui de l’écriture. Superbe réflexion sur l’attaque paradoxalement placée à… la dernière page du livre.

 

« Bon, bon, Paul Emond, vous impatientez-vous déjà, qui a écrit cela et dans quel livre ?

– Je vous le donne en mille. On m’aurait mis ce texte sous les yeux, je crois que je n’aurais pas trouvé. Vous retrouvez le goût d'un vin que vous avez bu jadis mais allez donc le nommer précisément ! 

– Mais encore ?

– La surprise du jeune et candide tenant des « avant-gardes » que j’étais, lorsque ce livre a paru en 1965 : voir un grand poète moderne saluer un ancien dont je n’avais qu’une vague connaissance scolaire et qui pour moi s’assimilait au comble de l’ennui…

– Allons, dites de qui il s'agit !

– De Francis Ponge. C'est la dernière page de Pour un Malherbe.

– Ah ! Vraiment ? 

– J’ai très envie de me replonger dans Ponge. Le parti-pris des choses, Le grand recueil… Grand nettoyage du regard ! Remise au net du langage ! Précision de « l’équation frappante » entre l’objet et les mots qui le décrivent… Et d’abord relire attentivement ce Pour un Malherbe.

– Et Malherbe lui-même, vous l’avez-lu, Paul Emond ?

– A vrai dire, jamais. Ce qui – soit dit en passant – risque de prouver que le jeune et candide tenant des avant-gardes que j’étais alors a bien mal lu cette défense et illustration écrite par Francis Ponge… Bon, mettons également Malherbe au programme de nos prochaines lectures. »

 

 

 

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Et encore...
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  • : Le blog de Paul Emond
  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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