Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 23:15

 

C’est qu’il y va, le Ponge, dans son Pour un Malherbe !

 

Pas de plus grand esprit que Malherbe. Nous pouvons l’aligner tranquillement au rang de ses contemporains les plus illustres : j’entends Cervantès (et Gongora) et Shakespeare (et François Bacon).

 

Ouais, ouais. Un peu plus loin, Ponge repasse le plat :

 

La place de Malherbe dans le Panthéon Universel n’est pas loin de Gongora, Cervantès, Shakespeare. Mais encore devrait-elle être la première, évidemment, puisque ce serait celle attribuée au génie de notre nation (la française).

 

Plus loin encore, il en remet une couche :

 

Malherbe dans le Parnasse et le Panthéon universel. Sa place y doit être la première, car il représente les vertus de notre nation. Donc devant même Shakespeare, Cervantès et Gongora, et Francis Bacon.


 Rien que ça...

 

Le Pour un Malherbe est écrit entre 1951 et 1957. Des notes jamais condensées en un livre qui aurait dû paraître  au Seuil dans la collection Ecrivains de toujours. Des notes qui, au contraire, se développent pendant plus de trois cents pages en un jeu de répétitions, de variations, de va-et-vient aussi entre la figure de Malherbe et, en miroir, celle de Ponge. Lequel se découvre en ce champion de la mise au pas de la langue française né comme lui à Caen, quatre siècles plus tôt, l’auguste et admirable image paternelle à vénérer. A vénérer tant et tant que le livre se révèle impossible écrire autrement que sous la forme de ces notes où se ressasse sa vénération :

 

Pourquoi ne l’avouerions-nous pas tout d’abord ? Notre admiration et notre amour pour Malherbe sont tels que nous avons retardé aussi longtemps que possible l’instant, tout à fait décisif pour nous, non de la tentative de leur expression (nous nous y sommes, durant ce long temps, presque constamment employé en secret) mais de l’achèvement de cette expression et de sa publication.

Longtemps notre Malherbe nous parut ne devoir s’achever qu’avec nous-même…

 

Mon inhibition devant ce Malherbe prend maintenant un caractère tragique. Elle m’atterre (ou me terrifie : il faudra que je m’instruise de la différence de ces termes, dans Littré).

Mon intention, pourtant, m’est claire. Je veux dire (c’est-à-dire affirmer : que puis-je faire d’autre ?) mon amour et mon admiration pour cet auteur. Préciser la nature de cette admiration : il s’agit d’une sorte de vénération, comme on peut vénérer un père, ou un chef, un maître bien-aimé. Il n’y a pas en moi, pour lui, de sentiment de fraternité. Je n’oserais pas. Il s’agit d’une estime au plus haut point (au plus haut prix).

 

Drôle (mais oui) et passionnant aussi. Suivre Ponge qui n’en finit pas de manier l’encensoir. De régler ses comptes du même coup (Pascal – « cette planche pourrie », « une flaque de boue intellectuelle » –, Aragon, Valéry et quelques autres en prennent pour leur grade). De porter au pinacle un certain esprit français, une raison française, une valeur française, une forme française, un verbe français, bref, la France dans tout ce qu’elle a de grand F et que contemplent parfois avec des yeux qui s’arrondissent les francophones qui, comme moi, n’ont pas l’honneur d’être citoyens de ce grrand pays.

 

Mais aussi et surtout suivre Ponge redéfinissant sa propre poétique à travers celle de son maître, son exigence de la forme, son rapport incessant au « monde muet » des objets. Mais également de le surprendre à se raconter quand, au détour d’une page, il nous offre quelques souvenirs d’enfance – tout le livre s’offre d’ailleurs comme un journal régulièrement daté.

 

 – Et Malherbe ? Dans un billet précédent, vous parliez de lire Malherbe ?

– Ponge le cite avec ravissement. Je lis ce qu’il cite. Hmmm… Ce fichu alexandrin, il faut vraiment attendre Racine pour qu’on l’entende vibrer, non ? Bon, je poursuis ma lecture. J'arrive au commentaire de Ponge sur Les larmes de Saint Pierre. Un poème bouleversant, dit-il.  Je ne demande qu'à le croire...

Partager cet article

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Et encore...
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Paul Emond
  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
  • Contact

Recherche

Archives