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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 20:21

 

Encore un peu de poésie chinoise ? Voici cette fois un petit choix de sagesse taoïste. Images fulgurantes, éveil absolu, fusion avec le paysage, quintessence du monde en quelques mots. « Foin du savoir et de l’étude », dit Si K’Ang (223-262), « mon esprit, vagabond du silence ! »

 

Promenade au mont de la Paix suprême

 

Le ciel s’écartèle au péril des roches ;

Le soleil se déchire au vertige des arbres.

Dans l’ombre des ravins meurt l’éclat du printemps ;

Sur la glace des pics vit la neige d’été.

 

            Poème de K’ong Tche-Kouei (447-501) dans La montagne vide,  Anthologie

de la poésie chinoise III°-XI° siècle, traduction de P. Carré et Z. Bianu.

(Idem pour les textes qui suivent)

 

 

Vent

 

Au murmure du paysage naît une fraîcheur

Qui lave les bois de ma vallée :

Galop des fumées par la porte du ravin,

Spirales de brume après les piliers des cimes.

 

Elle va libre et sans traces

Comme le mouvement de la vie.

Chute du soleil, paix du paysage –

La voix des pins s’éveille.

 

            Poème de Wang Po (647-675)

 

 

Une nuit sur le fleuve à Kien-tö

 

Près de l’ilot de brume notre bateau s’arrête,

Au couchant qui ravive toute mélancolie.

Par cette immensité, le ciel verse sous les arbres.

Sur le fleuve pur, la lune rejoint l’homme.

 

Poème de Mong Hao-Jan (689-740)

 

 

Le jardin des magnolias

 

Sur les monts en automne au jour qui se replie

Une ligne d’oiseaux se déplie.

Surgit l’éclair d’un vert vif

Où les brumes du soir ne peuvent s’abriter.

 

            Poème de Wang Wei (701-761)

 

Et celui-ci, à mes yeux peut-être le plus beau, le plus intense :

 

Voie

 

Reflets de la lune en mille lacs.

Mille miroirs pour la même lune.

Le corps absolu de tout éveil m’inonde –

Je suis le réel.

 

            Poème de Hiuan-Kiue de Yong-Kia (665-713)

 

« Je suis le réel », dit le poète ancien. A quoi fera écho, douze siècles plus tard et pour ouvrir son Gardeur de troupeaux, Alberto Caeiro, celui de ses hétéronymes dont Pesso avait fait son maître :

 

Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.

Penser une fleur c’est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en savoir le sens.

C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et que je m’étends de tout mon long dans l’herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.

 

            Fernando Pessoa, Œuvres poétiques, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade

            Traduction de Patrick Quillier

 

 

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commentaires

vagabond du Québec 21/01/2013 19:05

quel magnifique blog que le vôtre:))))

vous êtes vagabond dans l'âme:)))

merci pour ce poème:)))


permettez-moi de vous offrir

un de mes textes pour honorer le vôtre


VAGABONDER LA VIE

COUPLET 1
j’ai chanté
en marchant sous la pluie
on aurait dit des larmes
de joie du ciel

qui tombaient
le long de mes cheveux gris
comme pour me donner
des nouvelles

on est une gang en haut
qui trouve ça beau
mais parfois on s’ennuie
d’vagabonder la vie

REFRAIN
un peu d’gruau
d’ans poches
pas d’sac à dos
lourd comme une roche

rien qu’ma guitare
parce qu’une chanson
ça fait pleurer les murs
dans une maison

les chaises berçantes
frileuses dans un salon
les humains autour d’une table de cuisine
qui soudain de fraîcheur s’illuminent

COUPLET 2
j’ai marché
les étoiles dans la nuit
on aurait dit des lampadaires
au-dessus d’ma vie

qui lèchaient
mes vieux souliers troués
comme s’y voulaient
m’jaser

on est une gang en haut
qui trouve ça beau
mais parfois on s’ennuie
d’vagabonder la vie

COUPLET 3
j’ai dormi en p’tit bonhomme
mon homme
sous le chaud soleil
du midi

qui m’a parle
des étoiles et de la pluie
de ma guitare
et de mes vieux amis

on est une gang en haut
qui trouve ça beau…
que ton rêve soit béni,
ami, d’vagabonder la vie

Pierrot
vagabond céleste


Pierrot est l'auteur de l'Île de l'éternité de l'instant présent et des Chansons de Pierrot. Il fut cofondateur de la boîte à chanson Aux deux Pierrots. Il fut aussi l'un des tous premiers
chansonniers du Saint-Vincent, dans le Vieux-Montréal. Pierre Rochette, poète, chansonnier et compositeur, est présentement sur la route, quelque part avec sa guitare, entre ici et ailleurs...


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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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