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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:55

Vous vous sentez parfois comme il m’arrive de parfois me sentir ? Marre et marre et marre de tout et d’abord de vos contemporains ? Impression de n’entendre débiter autour de vous que platitudes et conneries ? Sensation d’être envahi, pollué, transpercé jusqu’à l’os par la vulgarité et la laideur ambiantes, d’être sans cesse taraudé par une société pour laquelle seuls comptent le fric, le succès, le paraître, les valeurs bobos ou bling-bling, la destruction de toute singularité, l'oubli de toute valeur véritable ? Vous rentrez chez vous excédé, les nerfs en boule, le moral à zéro, désolé de ne pas posséder une kalachnikov ? Vous ne savez plus que faire ? A quel saint vous vouer ?  J’ai le remède. Précipitez-vous sur un livre de Thomas Bernhard. Extinction, Maîtres anciens, Des arbres à abattre sont des chefs-d’œuvre absolus. De si virulents et somptueux exercices de détestation du monde qu’on en sort tout rasséréné et ragaillardi, décidé à tout faire pour vivre enfin libre et à remettre à sa juste et triste place ce brouhaha stupide qui nous entoure et dont on n’a rien à cirer.  

 

« Il faut pouvoir se lever et partir de toute société qui n'est bonne à rien (...) et laisser les visages qui ne sont rien et les esprits d'une stupidité souvent sans limite et pouvoir sortir, descendre et aller en plein air et laisser derrière soi tout ce qui est en rapport avec cette société bonne à rien (...); on doit pouvoir posséder la force et le courage et la brutalité même à l'égard de soi-même, de laisser derrière soi tous ces gens et ces esprits ridicules, inutiles et stupides et de remplir ses poumons, d'expulser de ses poumons toutes les choses qu'on a abandonnées et d'emplir ses poumons d'un air nouveau, il faut quitter par le chemin le plus rapide ces sociétés inutiles ; ces bandes rassemblées pour rien d'autre que des stupidités, afin de ne pas devenir un élément de ces sociétés stupides, en sortant de pareilles sociétés il faut revenir à soi-même et trouver en soi-même apaisement et clarté (...). » 

(Corrections, Gallimard, traduction Albert Kohn) 

 

Dois-je ajouter que Thomas Bernhard est un des plus grands écrivains de ce siècle ? Qu’à l’instar de ses romans, son théâtre est magistral. Magistral et d’un comique immense. Et je serai assez poli pour ne pas dire ce que je pense de tous ces metteurs en scène de toute notre belle francophonie confondue qui – à quelques exceptions près (merci notamment aux orfèvres Denis Marleau à Montréal ou Elvire Brison à Bruxelles) – transforment ce joyeux règlement de compte tout azimuts en spectacles aussi lourds qu’ennuyeux et d’où a disparu toute rage jubilatoire. Mais un metteur en scène qui se respecte, un « vrai » metteur en scène, imbu de « son » écriture scénique avec laquelle il étouffe le texte qu’il a pris en otage, ne doit-il pas faire comprendre tout au long de « son » spectacle qu’il est plus intelligent que l’auteur ? (Confidence : il m’arrive – assez souvent, hélas –, en rentrant du théâtre, de me plonger dans quelques pages de… Bernhard ; un bain de jouvence.)

 



 

 

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Mes auteurs de chevet
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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