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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 12:28


J’ai parlé déjà ici d’Hanokh Levin (1943-1999), ce merveilleux dramaturge israélien, grand maître de du burlesque et inventeur d’un langage théâtral très personnel. Ecrivain protéiforme, il laissa derrière lui plus de cinquante pièces, qu’il s’agisse de « pièces mythologiques », où, à sa manière, il entre en dialogue avec les grandes références de la culture occidentale, ou qu’il s’agisse surtout de comédies particulièrement grinçantes, véritables jeux de massacre où défilent névroses familiales, dérives politiques ou guerrières, bêtise et égoïsme humains. Extrait d’un recueil de sketches, voici Le mari qui rétrécit, court monologue drôle et absurde :

 

ELLE – Je suis restée sur le quai et mon mari est monté dans le train. Un instant plus tard, il est apparu à la fenêtre et m’a lancé un long regard triste. Lorsque le train s’est ébranlé, je l’ai vu qui s’éloignait petit à petit, sa silhouette rétrécissait… Emporté dans son wagon, il a rétréci de plus en plus, jusqu’à n’être qu’un point, un point qui s’est finalement évanoui dans le lointain. J’ai tourné les talons, mais à ce moment-là, j’ai entendu, juste à côté de moi, le sifflement de la locomotive et je me suis rendu compte que le train n’était pas parti, qu’il n’avait absolument pas bougé ! Que le rétrécissement de mon mari n’était pas une illusion d’optique ! Je me suis approchée de la fenêtre du compartiment et j’ai passé la tête à l’intérieur. Une femme qui était assise là m’a demandé si par hasard je cherchais le monsieur qui avait rétréci, celui qui venait de disparaître dans le cendrier mural. En écrasant sa cigarette, elle l’avait vu dedans, tout recroquevillé. A cet instant, j’ai compris combien mon mari m’aimait, lui qui n’avait pas hésité à se réduire à néant pour me faire croire que le train s’éloignait. Et ce, uniquement afin de m’éviter d’attendre son départ dans le froid mordant du quai. Alors, pour respecter sa volonté, je suis partie, moi, réchauffée par la tendresse de son amour. 

                       

                        Hanokh Levin, extrait de Scier ma femme en deux, je peux le faire aussi, 1975,

dans Douce vengeance et autres sketches, Cabaret, Editions théâtrales,

traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Thèmes
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