Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 12:45

Milan Kundera, qui parle de Kafka comme personne d’autre ne peut le faire, souligne dans Les testaments trahis que Kafka est sans doute le premier dans l’histoire du roman à décrire l’aspect parfois comique ou tristement comique ou grotesque de l’acte sexuel. Il renvoie, à ce propos, au formidable personnage de Brunelda dans L’Amérique (ou Amerika selon les traductions) ; il cite aussi, de ce grand roman si souvent négligé au profit du Procès et du Château, le moment où Karl Rossmann évoque la nuit où la bonne l’avait attiré dans sa chambre, ce qui la rendit enceinte et provoqua la colère des parents qui chassèrent Karl de la maison familiale pour l’envoyer en Amérique :

 

 « Karl, ô mon Karl ! » s’exclamait-elle comme si, en le voyant, elle voulait s’assurer qu’il était bien à elle, tandis que lui ne voyait rien du tout et se sentait mal dans cette literie chaude qu’elle semblait avoir entassé spécialement pour lui. Puis elle vint se coucher avec lui et voulut lui faire dire Dieu sait quels secrets mais il fut incapable de lui en dire aucun et elle se fâcha, pour rire ou pour de bon, le secoua, écouta son cœur, lui tendit sa poitrine pour qu’il écoute le sien de la même façon, mais Karl ne voulut rien savoir, puis elle pressa contre lui son ventre nu et fouilla entre ses jambes, d’une manière si dégoutante que Karl émergea de la tête et du cou hors des oreillers en se débattant… » (Amerika, trad. Bernard Lortholary, GF-Flammarion).

 

Relisant, puisque j’en prépare l’adaptation théâtrale,  Le producteur de bonheur, ce roman drôle et magnifique du slovaque Vladimir Minac que Maja Polackova et moi-même avons traduit en 1994 (Editions Labor), je retrouve le moment où Ojbaba, le « producteur de bonheur », a séduit la veuve Purdekova et doit passer sa première nuit avec elle :

 

« La veuve ne répondit rien, elle ne fit que lui prendre la main avec force et l’attirer dans la chambre à coucher. Ainsi s’acheva la partie libre et philosophique de l’existence du producteur de bonheur, ainsi commença sa bataille pour la vie.

Au terme des nombreux tourments qu’il connut durant cette première nuit, après qu’à plusieurs reprises il se fut trouvé dans un état proche de l’étouffement et qu’il eut été balloté, tel un nageur perdu, dans d’immenses couches de graisse, le producteur de bonheur, totalement épuisé, s’endormit au petit matin… »

 

Il serait amusant et pas trop difficile de dresser une petite anthologie de passages similaires chez d’autres romanciers (on en trouverait certainement chez Philip Roth, par exemple)…  

Partager cet article

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Thèmes
commenter cet article

commentaires

nicolas marchal 26/09/2010 16:46


Voilà le genre d'anthologie qui me ferait cesser aussi pas mal d'affaires. Que penses-tu de l'incroyable passage de "Mort à crédit" de Céline, où la mère Gorloge attire le jeune Ferdinand dans sa
couche pour lui subtiliser un bijou... Près de trois pages admirables et fleuries...


Présentation

  • : Le blog de Paul Emond
  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
  • Contact

Recherche

Archives