Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 21:45

   Je relis Peau d’ours, une des premières pièces de mon cher Paul Willems (Editions des Artistes, petit livre devenu introuvable aujourd'hui, sauf chance chez un bouquiniste). Créée à Bruxelles par le Théâtre National en 1951, rejetée à Paris par une presse unanime, elle connut pendant plusieurs années un vif succès en Allemagne. Inspirée d’un conte de Grimm, elle raconte l’histoire d’un soldat qui revient de guerre et ne pense plus qu’à la mort. En traversant la forêt, il rencontre un pic qui lui dit : « Pourquoi mourir déjà, Signor ? » Le soldat accepte alors de tuer l’ours qui est l’ennemi du pic, d’endosser sa peau pendant sept ans et de « voyager sans trop s’arrêter ». Il rencontre une jeune fille nommée Minou et en tombe amoureux. Minou repousse ce personnage à l’apparence hideuse mais tout s’arrangera… Si la pièce se déroule dans une atmosphère de rêve et de féerie et dans un univers peuplé de subtiles correspondances entre le balancement des plus petites feuilles des arbres et les « presque imperceptibles frémissements » du cœur humain, l’un ou l’autre personnages un peu grotesque apporte aussi, comme bien souvent chez Willems, un contrepoint des plus plaisants :

 

PACOTTIN. – Minou, pas un mot. Je ne suis ni tendre, ni adroit, mais je suis fort. Je possède une magnifique boucherie industrielle. Dernier progrès dans le genre. Rien ne s’y perd. Ma publicité atteint tout le monde. Dans le tram, quand tu vas en ville, tu admires mes transparents collés sur la vitre : le jambon Pacottin, emballé dans son papier d’argent parfaitement copié par un bon artiste, montre au public émerveillé sa tranche rose et délicate. Minou, tu affirmes que tu n’aimes pas la viande. Tu préfère le parfum de la giroflée. Je t’affirme, moi, qu’il faut un nez aussi délicat pour reconnaître un jambon d’Ardennes d’un jambon d’York, que pour distinguer le parfum de l’acacia de celui de la rose.

MINOU. – Je ne vois pas…

PACOTTIN. – C’est une déclaration d’amour. Attends. Ton père a fait des dettes. Tu le sais ? Ton père est joueur. C’est un dilettante. Il sera dévoré par les requins des affaires. Tu le sais ? Eh bien moi, j’ai son avenir en main, ton avenir. Je possède toutes ses traites. En d’autres mots, je le tiens. Toi seule peux le sauver. Mon langage te paraît malhonnête. Il ne l’est pas. Je serai pour toi un bon mari. Je m’engage à soutenir toute ta famille. C’est généreux, je pense. Ne réponds pas. Réfléchis. Je vais rejoindre les autres. Tu viendras quand tu auras pris ta décision. Au repas, je te tendrai une tranche de jambon Pacottin. Si tu l’acceptes, je comprendrai que j’ai ton consentement. J’ajoute encore ceci : je vois moi-même combien je suis idiot de t’aimer comme je t’aime, mais qu’y puis-je ? Si tu me dis : deviens mouton, je bêlerai. Si tu me dis : deviens une rose, je ferai mon possible.

 

La belle finale !

 

Partager cet article

Repost 0
Published by paulemond.over-blog.com - dans Personnages
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Paul Emond
  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
  • Contact

Recherche

Archives