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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 22:39

Dans Le solitaire, l’unique roman – par ailleurs très attachant – qu’il a publié, Ionesco fait faire cette réflexion à son narrateur et protagoniste : « Des amis savants m’ont dit que dans la Cabbale il était indiqué que Dieu avait déjà essayé vingt-sept fois de créer l’Univers. Il paraît que cette fois-ci est la vingt-huitième et que c’est la moins mauvaise. Que devaient-elles être auparavant, les autres variations ? Quand est-ce qu’il réussira la bonne ? J’ai l’impression qu’il a déjà renoncé à celle-ci et qu’il nous laisse tomber dans l’abîme du rien. Nous ne serions qu’une île précaire dont il n’est pas sûr qu’elle soit rattachée à l’univers définitif. »

 

Cette réflexion, que l’on imaginerait tout aussi bien sous la plume d’un Borges, suscite pas mal de questions. Celles-ci, par exemple :

 

Que sont devenus les vingt-sept premiers univers créés à titre d’essai par Dieu ? Existent-ils encore ?

 

En quoi étaient-ils vraiment plus mauvais que le nôtre ?

 

Le premier était-il complètement raté, puis le second un peu moins, et ainsi de suite jusqu’au vingt-huitième, ce qui donnerait tout de même à penser que, même si Dieu n'en était pas encore content, notre univers commençait malgré tout à avoir de la gueule ?

 

Ou bien notre univers était-il aussi moche que chacun des précédents, n’était-il que le vingt-huitième essai d’un Dieu pareil à ce calligraphe dont le pinceau se meut sur la page en quelques secondes : si c’est mauvais, direct à la poubelle ; d'un coup ce sera parfait, quitte à s’y reprendre cent quarante-trois fois ?

 

Si Dieu nous a abandonnés pour essayer de mieux faire,  existent-ils encore, ces vingt-sept premiers univers ? Et s’ils sont comme le nôtre  en chute libre « dans l’abîme du rien », pourrait-on rêver d’entrer en communication avec eux, puisque nous sommes alors dans un système d’univers parallèles ?

 

Si, après nous avoir laissé tomber, Dieu en est à son vingt-neuvième essai, peut-être même à son trentième ou s’il est aussi rapide que le calligraphe évoqué plus haut bien plus loin encore dans ses tentatives, en quoi consistera l’univers dont il sera content ? Ce contentement de Dieu sera-t-il d’ordre esthétique ?

 

Dieu pratique-t-il l’utopisme ?

 

Exercice. Vous êtes Dieu. Vous en êtes à votre cent quarante-troisième essai. Détaillez les cent quarante-deux premiers. Expliquez aussi pourquoi chacun d’eux ne vous satisfaisait pas. Et pourquoi ce cent quarante-troisième essai devrait être le bon.    

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Thèmes
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commentaires

nicolas marchal 22/10/2010 16:03


Et si Dieu ne pouvait s'empêcher de pratiquer l'ironie ? Ou bien : et si Dieu, comme Renart, ne pouvait s'empêcher de toujours préférer un bon tour (ou un mauvais tour, ce qui revient au même) à la
bonté, et à la marche du monde ? Dernière question - rhétorique, cela va sans dire : la littérature aurait-elle un pet de sens si Dieu n'avait pas foiré son coup (exprès ou pas) ?


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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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