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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 15:33


 (Aujourd’hui dimanche, autocitation.)

 

En cette époque sans magie où l’on voit la Belgique s’en aller à vau-l’eau, je vous propose, ne serait-ce que pour vous amuser un peu, d'en retrouver un des plus fameux fondateurs. Voici, en trois épisodes dominicaux, Moi, Jean Joseph Charlier, dit Jambe de bois, héros de la révolution belge. Angelo Bison en fut, il y a quelques années, le merveilleux interprète au Rideau de Bruxelles, dans une mise en scène de Jules Henri Marchant.

 

Personnage : Jean Joseph Charlier

Accessoires : un canon ; une jambe de bois.

 

à la mémoire de mon père,

qui le premier m’en raconta l’histoire

 

« Il partit ce matin de Liège

A cheval sur un canon

Partout la foule qui l'assiège

Lui dit: Bonhomme où vas-tu donc ?

Je vais chasser à la canaille

Et vaincre ou mourir pour nos droits

Tant qu'il y aura de la mitraille

On verra La Jambe de Bois ! »

(Chanson imprimée et vendue à Liège au départ de Charlier)

 

A Bruxelles, la révolution belge venait de naître.

Je voulais la voir grandir.

Je lui offrais mon courage et mon sang.

Je voulais voir doter la Belgique d’institutions qui fassent sa gloire et sa prospérité.

A Liège, la malle-poste nous apporte la bonne nouvelle.

En un instant, le peuple arrache les armes hollandaises qui recouvrent la malle-poste.

Dans toute la ville, les couleurs liégeoises sont distribuées.

Aux escaliers de Saint-Pierre, chez monsieur Devillers, l’entrepreneur, on enlève plusieurs caisses de fusils.

La garnison hollandaise, le jour même, se retire dans les forts.

La garde urbaine prend sa place.

Nuit et jour, fidèles à leur devoir, ses patrouilles parcourent la ville en tous sens.

Elles maintiennent l'ordre.

Elles préservent les propriétés contre les malfaiteurs.

Le 4 septembre, messieurs Plétinckx et Ducpétiaux arrivent à Liège.

« Liégeois, appellent-ils, courez au secours de la capitale! » Aussitôt des centaines de volontaires se disposent à partir.

A dix heures, sous les galeries du Théâtre Royal, Monsieur Charles Rogier distribue des fusils.

Je suis au premier rang, je reçois le premier fusil.

« Rassemblement à seize heures dans la cour du Palais de Justice », nous dit monsieur Charles Rogier.

« Où allez-vous ?, demande ma mère quand j’arrive chez elle.

— Ma mère, je pars pour Bruxelles !

— Et vos enfants, allez-vous les abandonner ?

— Prenez en soin, ma mère !

— Alors, allez, à la garde de Dieu ! »

Elle me donne sa bénédiction.

Pourtant, je risquais de perdre ma pension d’ancien militaire privé de la jambe droite.

Ma jambe droite perdue à Waterloo.

Au service de l’Empereur.

Mais pense-t-on à sa pension quand il s’agit de défendre sa patrie?

Jamais Jambe de Bois n’a reculé devant son devoir.

Dans la cour du Palais de Justice, nous sommes quinze cents hommes armés.

On nous distribue des cartouches.

Je demande:

« Allons-nous partir sans canon ?

— Les Hollandais en sont maîtres, disent messieurs Jamme et Rogier.

— Eh bien, dis-je, sans pièces d'artillerie, nous ne pouvons pas partir ! »

Dans la Caserne des Ecoliers, l'artillerie hollandaise a laissé quelques pièces enclouées par des chevilles de bois.

Je m’y rends avec plusieurs volontaires.

Une foule considérable nous suit.

Nous prenons deux canons, des boulets et des boîtes à balles.

On nous donne des chevaux de la poste pour les atteler.

Je m’assieds sur un des deux canons, acclamé par tous et par chacun.

« Eh bien, dis-je, à présent, nous pouvons partir! »

A dix heures et demie du soir, nous sortons de la ville sous le commandement du chevalier de Bosse.

Nous nous dirigeons vers Saint-Trond en criant: « Vive les Belges ! »

A trois heures du matin, nous arrivons à Oreye.

A cinq heures, les habitants nous distribuent du pain et du jambon. Des quinze cents hommes armés que nous étions au départ de Liège, il n’en reste que cent vingt-trois.

Cent vingt-trois, très exactement.

Au combat, on reconnaît le combattant.

Vers midi, nous sommes à Saint-Trond.

On nous distribue 25.000 cartouches.

Et encore du pain, du fromage et de la bière.

« Bon, dis-je, il nous faut un adjudant-major.

— J’ai été maréchal-des-logis chef d'artillerie sous l'Empire », fait savoir le sieur Delsemme.

Et nous l'élevons au grade d'adjudant-major.

Nous terminons notre repas et prenons la direction de Tirlemont.

Soudain, après une demi-heure de marche, la tête de la colonne s'arrête.

En face d’elle, un homme qui vient de Tirlemont sur un cheval blanc.

« Deux régiments de cuirassiers hollandais vous attendent », annonce-t-il.

C’est le découragement dans nos rangs.

Le chevalier de Bosse, notre commandant, et le sieur Delsemme, notre adjudant-major, proposent même aussitôt de retourner à Liège.

Entendant ces mots, je descends de mon canon:

«  Qu'est-ce qui nous empêche d'avancer ?

— Jambe de Bois, deux régiments de cuirassiers hollandais nous attendent! Impossible de poursuivre notre route ! »

Et moi, alors :

« Eh bien! Pourquoi sommes-nous partis ? Pour nous battre, pardi ! S'il y a des cuirassiers hollandais, eh bien, nous nous battrons !

— Non, non ! Pas question de continuer ! » répliquent les sieurs de Bosse et Delsemme.

Ils persistent dans leur coupable projet de faire demi-tour.

Alors, d’un seul coup, je m'empare du commandement de la colonne. Je déploie en tirailleurs une partie des volontaires.

J’envoie chercher des cailloux dans la campagne.

Faisant un sachet avec mon mouchoir, je le remplis de poudre et je charge les deux canons.  

Puis, je fais remettre la colonne en marche avec mèche allumée. Nous arrivons à Tirlemont sans rencontrer les cuirassiers hollandais.

Vous les voyez, ces sieurs de Bosse et Delsemme ?

Vous les voyez, ces pleutres ?

Et il aurait fallu ajouter foi à la fausse nouvelle ?

Trembler devant l'ennemi ?

Manquer à nos serments ?

Abandonner la patrie au moment du danger ?

Renoncer à délivrer la capitale de la domination étrangère ?

Moi vivant, jamais !

« Vive les Liégeois, vive les Belges ! », s’écrient les Tirlemontois quand nous arrivons chez eux.

Et le lendemain, le 5 septembre, nous apercevons les clochers de Louvain.

« Vive les Liégeois, vive les Belges ! », s’écrient les Louvanistes.

Une dépêche nous parvient :

« Monsieur Charles Rogier, à la tête d’un autre corps de Liégeois, opérera avec votre corps la jonction à Wavre. »

Pas un instant à perdre, je fais tout pour hâter le départ.

Seulement voilà.

Contrariété !

La régence de Louvain refuse de nous remettre des chevaux de poste pour tirer nos canons.

Elle prétend en avoir besoin en cas d'attaque des Hollandais.

A Louvain, d’ailleurs, quand plus tard j’y suis repassé, j’ai connu bien d’autres ennuis !

Le général Mellinet !

Que personne n’ose encore de me parler du général Mellinet !

Mais moi, je vous en reparlerai !

Ça, oui !

Donc, on nous refuse des chevaux de poste.

Alors, je fais traîner les pièces à force de bras sur la Grand-Place.

Et je proclame :

« Nous attendrons ici! »

Nous attendons deux jours.

Deux jours plus tard, la régence s’aperçoit que ma résolution n’a pas faibli.

De guerre lasse, elle nous donne des chevaux.

Il est quatre heures du soir.

A notre arrivée à Wavre, il fait nuit.

Le peuple vient nous escorter avec des torches et nous apprenons que, le matin même, monsieur Charles Rogier a traversé la ville avec ses compagnons.

Nous apprenons qu’aussitôt il est parti pour Bruxelles.

Sans nous attendre.

Nous reprenons notre marche dès que possible.

Nous traversons la forêt de Soignes et, au petit matin, nous apercevons la porte de Namur.

Et devant la porte de Namur, qui nous attend avec ses hommes ?

Monsieur Charles Rogier !

Car il n’a pu pénétrer dans Bruxelles sans notre détachement.

Dès qu’il m’aperçoit, il me témoigne son amitié la plus vive.

Puis, il prend le commandement des deux corps de volontaires et les dirige vers l'Hôtel de Ville.

Par la rue de Namur, la place Royale et la Montagne de la Cour.

Nos canons sont placés dans la cour de l'Hôtel de Ville et on nous désigne pour caserne l'ancien couvent de Saint-Elisabeth.

Mais là, pendant un jour et demi, la régence de Bruxelles laisse nos volontaires sans pain et sans solde.

Alors, la défection se jette dans nos rangs.

Plus de quarante d'entre nous, mécontents et désespérés, retournent à Liège.

Qui leur jetterait la pierre ?

Ces braves Liégeois se sont si généreusement décidés à quitter femme et enfants pour voler à la défense de Bruxelles !

Et voilà la récompense !

Un jour et demi sans pain et sans solde !

Je parierais que le général Mellinet était mêlé à cette histoire aussi.

Mais oui, parfaitement, le général Mellinet!

Celui-là, n’est-il pas toujours où il ne doit pas être ?

Je le dis, donc je le pense.

Et j’ai raison.

Bon, finalement, monsieur Charles Rogier avance l'argent nécessaire.

Mais, un peu plus tard, les habitants de Bruxelles apprennent la conduite de leur régence à notre égard.

Les braves gens accourent en foule pour nous inviter à venir manger chez eux !

Aussitôt dit, aussitôt fait.

Liégeois et Bruxellois, bras dessus, bras dessous !

On mange, on boit, on fraternise.

Liégeois et Bruxellois, comme cul et chemise !

Vive la Belgique !

Et vive les Belges !

S’il n’y avait pas ce général Mellinet.

Ni ces fonctionnaires des pensions.

Les profiteurs de la révolution.

Car il y a ceux qui se sont battus, qui se sont vraiment battus.

Moi, par exemple.

Mais il y a aussi les autres.

Les Orangistes.

Les profiteurs.

Dès le lendemain, douze d'entre nous demandent à entrer dans l'artillerie bruxelloise.

Mais la régence refuse de nous y recevoir !

« Mes amis”, dis-je aussitôt à mes compagnons, allons reprendre nos canons dans la cour de l'Hôtel de Ville. Nous, les Liégeois, nous n’avons pas amené ces canons pour que eux, les Bruxellois, aient l'honneur et la gloire de s’en servir pour repousser l'ennemi ! » 

Et une fois encore ma détermination l’emporte.

Le 12 septembre, nous sommes reçus dans la compagnie commandée par le capitaine Vandersteen.

On nous caserne aux Annonciades.

Nous y conduisons nos canons et nous y exerçons à la manœuvre des pièces.

Le 18 septembre, on nous apprend que l'armée hollandaise est concentrée à Vilvorde.

Elle se dispose à marcher sur Bruxelles.

Ce même jour, accusé de sympathie orangiste, le capitaine Vandersteen doit donner sa démission.

C'est notre sergent-major, un homme en provenance de Namur, qui est investi du commandement de la compagnie.

Nous voilà donc, à vrai dire, sans officier !

Le soir, ce sergent-major nous rassemble pour opérer une reconnaissance par la porte de Louvain.

Nous gagnons bientôt la route de Cortenberg.

Ma jambe de bois m'empêche de suivre les autres et je dois saisir le bras du sieur Rombaux pour me soutenir.

Le sieur Rombaux, de Franchimont.

Après une heure d'une marche pénible, nous arrivons près d’un hameau.

« Restez ici en observateur avec quatre hommes », me dit le sergent-major.

Je lui fais remarquer :

« Sachez qu’il est imprudent de nous séparer en ce moment. Je suis certain que les Hollandais sont embusqués à deux pas d’ici! »

Mais ce bougre de Namurois ne veut rien entendre.

« Faites selon mes instructions ! », ordonne-t-il.

Et il poursuit la route avec le reste de la troupe.

Peu de temps après, ce que j’avais prévu se produit.

La nuit est en train de tomber lorsqu’une trentaine de hussards s’avancent rapidement dans notre direction.

Que faire ?

Nous ne devons notre salut qu’à ma présence d’esprit.

« Vite, dis-je à mes quatre compagnons, réfugions-nous dans cette maison ! »

Déjà, les Hollandais nous tirent dessus.

Nous pénétrons dans la maison, les habitants n’y sont pas.

Nous nous barricadons et par toutes les fenêtres nous tirons sur les Hollandais.

Mais soudain, plus de munitions !

« Il faut faire retraite ! », dis-je à mes compagnons.

La fenêtre de derrière donne sur une fosse à purin.

« Sautons par là et fuyons avant qu’ils ne pénètrent ici !

— Jambe de Bois, nous refusons de sauter dans le purin !

— Préférez-vous donc vous rendre ?

— Nous le préférons, répondent ces pleutres.

— Alors, j’irai seul. »

Et j’ouvre la fenêtre et plonge dans le purin.

L’odeur me fait suffoquer.

Mais n’écoutant que mon courage et bien que privé de ma jambe droite, je parviens à traverser la fosse et à gagner la campagne.

Longtemps, je dois rester couché dans un labouré, car j’entends les hussards qui me recherchent.

Mes vêtements sont trempés.

Le froid et la puanteur me font cruellement souffrir.

Bien plus tard, enfin, j’entends revenir le gros de notre troupe.

Je me fais reconnaître et tous sont très étonnés de mon état.

Quant à eux, là où le Namurois les a menés, ils n’ont rencontré personne.

Et les hussards ont disparu, ayant fait prisonniers mes quatre compagnons.

Ceux-là n’avaient qu’à me suivre, tant pis pour eux.

Je le dis, donc je le pense.

« Bon, il est temps de rentrer », déclare le sergent-major.

C’est le seul commentaire qu’il trouve à faire.

Un Namurois, comme je vous l’ai dit.

De retour dans le faubourg, nous entendons crier:

« Qui vive ? »

Nous avançons sans répondre.

Soudain, dans la nuit, la voix d’un homme du poste dit à l'un de ses compagnons :

« N'entends-tu pas que c'est Jambe de Bois ? »

On m'a reconnu au bruit de ma jambe !

On nous reçoit cordialement.

Même si je remarque aussi qu’à cause de l’odeur on ne s’approche pas trop de moi.

On nous offre quelques petits verres de liqueur.

Je les ai bien mérités.

Le lendemain, j’aperçois un grand rassemblement devant la caserne.

Une proclamation de la régence de Bruxelles est affichée.

« Citoyens, rentrez dans l'ordre. Tout étranger à la ville pris les armes à la main serait jugé d'après la loi martiale. »

Vous avez entendu ?

Qui sont les seuls étrangers à la ville qui sont armés ?

Les Liégeois !

La mesure s'adresse aux Liégeois !

Mais loin d'atteindre son but, cette proclamation augmente l'effervescence populaire.

Les volontaires liégeois, surtout, en sont extrêmement irrités.

A commencer par moi-même.

J'ordonne immédiatement à Dubois, notre tambour, de prendre sa caisse et de battre la générale.

En même temps, je fais arracher des murailles les affiches portant cette proclamation.

Et à la tête d'une multitude de bourgeois et précédé du tambour, je me dirige vers l'Hôtel de Ville.

Nous crions tous comme un seul homme :

« Nous sommes trahis, à bas la régence ! »

A l'Hôtel de Ville, les employés qui s'y trouvent encore s'empressent de prendre la fuite.

On fait une perquisition, depuis la cave jusqu'au toit.

Dans les greniers, on trouve une quantité de caisses remplies de fusils.

Une commission de patriotes les distribue immédiatement à ceux des Bruxellois connus pour être dévoués à la cause nationale.

Monsieur Charles Rogier monte sur une table.

« Mes amis, je vous engage à rentrer dans l'ordre. Nous ne sommes pas venus ici pour piller mais pour nous battre. »

Des bravos s’élèvent de toutes parts.

Et chacun rentre tranquillement chez soi et nous, dans notre cantonnement.

Le lendemain, lundi 20 septembre, une nouvelle traverse Bruxelles comme un feu de poudre.

Le prince Frédéric est à Dieghem avec une armée de dix-sept mille hommes.

On y compte une nombreuse cavalerie et soixante bouches à feu.

Déjà, des volontaires liégeois et bruxellois font plusieurs sorties pour tirailler avec les Hollandais.

A la porte Guillaume, aujourd'hui porte Léopold, notre compagnie d'artillerie prend position.

Elle y reste mèche allumée toute la journée.

Puis toute la nuit.

Puis le lendemain encore, jusqu'à quatre heures du soir.

Mais voilà que le jour d’après, le jeudi 23 septembre, à 7 heures du matin, des bourgeois crient dans la cour de la caserne:

« Les Hollandais entrent en ville ! »

Je me lève sur mon séant mais, exténué par les fatigues et les veilles des jours précédents, je me rendors aussitôt.

Quelques minutes plus tard, on vient de nouveau m'éveiller:

« L’ennemi est dans Bruxelles ! »

Vite, j'ordonne à mes canonniers de traîner mon canon jusqu'à la porte de Namur.

Deux autres pièces nous y ont déjà précédés.

Nous devons y rencontrer les Hollandais. 

Nous restons là une demi-heure en position.

En vain.

Les Hollandais sont entrés par la porte de Louvain.

Je fais aussitôt conduire ma pièce au coin de la rue de la Loi qui aboutit au boulevard.

Pas le temps de former des barricades, je vois arriver des pelotons de lanciers hollandais.

Le sergent Denaie, le chef de ma pièce, et les canonniers, me regardent avec effroi.

Voyant leur hésitation, je m'empare du commandement de la pièce.

J'ordonne la charge.

Je pointe mon canon sur la colonne hollandaise.

Je fais feu !

Je fais aussitôt recharger ma pièce, je lance un second coup !

Vous devriez voir ce désordre dans les rangs de l'ennemi !

Hourra !

Il se replie sur la porte de Louvain.

Mais voilà que l'artillerie hollandaise entre par la même porte !

Je tire sur elle.

Je m’aperçois alors que l’ennemi se rend au Parc par la rue de Louvain !

Et moi, je vais être surpris par derrière !

Vite, je fais conduire ma pièce sur la place Royale.

Mais là, j’apprends que la pièce n°1, qui était dans la rue d'Orange, a été abandonnée à la vue des Hollandais.

Le sergent Lefebvre qui la commandait a ordonné la retraite !

Il a fui, abandonnant son canon !

Un Namurois, lui aussi.

Alors qu’à son côté, notre tambour Dubois battait la charge !

Parenthèse.

Savez-vous que ce sergent Lefebvre n’a reparu parmi nous que le 25 septembre ?

Que le 27, le général Mellinet qui, l'avant-veille, avait pris le commandement de l'artillerie, a élevé ce sieur Lefebvre au grade de capitaine ?

C’était sans doute pour le récompenser du courage qu'il avait montré dans la rue d'Orange à la défense de sa pièce !

Voilà comment le général Mellinet a choisi ses officiers !

Fin de la parenthèse.

Donc, ma pièce, la n°2, est placée près du trottoir de l'hôtel de Belle-Vue, à côté de la pièce n°3.

Quand les Hollandais sont à portée de nos canons, nous faisons une décharge.

Nous continuons un feu nourri pendant un quart d'heure.

Et nous jetons cette armée en déroute.

Nous la refoulons dans les rues de Louvain et de Notre Dame-aux-Neiges.

Mais tout à coup, j'entends des cris:

« Sauve qui peut ! »

Les canonniers de la pièce n°3 disparaissent en abandonnant leur canon !

Je me retrouve seul et sur le point d'être enveloppé par l'ennemi !

Je bats alors en retraite, j’ordonne à mes canonniers de conduire les deux canons sur le grand Sablon.

Un homme accourt à toutes jambes :

« Les volontaires liégeois et bruxellois tiraillent avec les Hollandais dans la rue de l'Ecuyer. »

Vite, il faut empêcher les Hollandais de pénétrer vers Sainte-Gudule !

Je prends donc aussitôt position avec mes pièces au pont de Fer.

Là, je crie aux habitants :

« Dépavez les rues et portez les pierres aux étages des maisons ! Si les Hollandais passent par ici, vous leur écraserez la tête ! Et moi, je vais leur envoyer des boulets et de la mitraille ! »

Mais soudain, une demi-batterie hollandaise, installée dans la rue Royale, nous prend pour cible.

Contrariété !

 

  Paul Emond, Moi, Jean Joseph Charlier, dit Jambe de bois, héros de la révolution belge, Cahiers du Rideau de Bruxelles.

 

(La suite dimanche prochain.)

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