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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 11:25


 (Aujourd’hui dimanche, autocitation.)

 

Pécuvard et Bouchet sont perdus dans le désert. Ils sont épuisés et assoiffés et leur progression sous le soleil de plomb se fait de plus en plus lente.

 

Pécuvard : Tu crois que c'est encore loin, Bouchet ?

 

Bouchet : Qu'est-ce qui est loin, Pécuvard ?

 

Pécuvard : Là où nous serons sauvés.

 

Bouchet : Il faut croire que nous serons sauvés, Pécuvard, il faut y croire, sinon nous sommes foutus.

 

Pécuvard : Si au moins il y avait un petit signe.

 

Bouchet : Même sans petit signe, il faut y croire, tu le sais bien.

 

Pécuvard : Oui, je le sais bien mais un petit signe serait tout de même le bienvenu.

 

Bouchet : Crois que nous serons sauvés et ta foi déplacera les montagnes.

 

Pécuvard : Je préférerais qu'elle m'apporte à boire.

 

Bouchet : Et que cette boisson te soit apportée par le dromadaire de charme ?

 

Pécuvard : Ah ! le dromadaire de charme ! quelle légende magnifique !

 

Bouchet : Certains disent que ce n'est pas une légende, Pécuvard. Certains disent l'avoir vu.

 

Pécuvard : Ils disent avoir vu le dromadaire de charme ! Des fumistes ! Des raconteurs d'histoires !

 

Bouchet : Et s'il existait pourtant ? S'il apparaissait là-bas, au sommet d'une dune ? S'il nous regardait de son regard bienveillant et accourait vers nous, porteur d'une outre remplie d'eau fraîche ?

 

Pécuvard : Regarde là-bas, Bouchet, regarde !

 

Bouchet : Je ne vois rien de particulier.

 

Pécuvard : Mais si, là-bas, au sommet de cette dune !

 

Bouchet : Ce vague petit point dans le soleil ?

 

Pécuvard : Il s'avance vers nous. Mais regarde ! C'est un dromadaire ! Je ne rêve pas, c'est un dromadaire !

 

Bouchet : Oui, je le vois moi aussi, à présent, mais je refuse d'y croire. N'oublie pas que nous sommes en plein désert, Pécuvard, et qu'un désert est toujours plein de mirages.

 

Pécuvard : Je me pince, donc je ne rêve pas et je le vois qui s'avance vers nous. Il grossit à vue d'oeil. C'est un dromadaire ! Je t'assure que c'est un dromadaire !

 

Bouchet : Notre foi nous aurait-elle sauvé ? Voilà que j'aperçois son regard bienveillant. Serait-ce vraiment le dromadaire de charme ?

 

Le dromadaire de charme, qui entre : Bonjour, je suis le dromadaire de charme.

 

Pécuvard : Enchantés, vraiment enchantés, il n'y a pas plus enchantés que nous.

 

Bouchet : C'est un pur délice que de vous voir arriver.

 

Le dromadaire de charme : Tout le plaisir est pour moi.

 

Pécuvard : Vous êtes donc le vrai dromadaire de charme ? Celui de la légende ? Qui s'en vient sauver les explorateurs perdus en plein désert pour les mener à bon port ?

 

Le dromadaire de charme : Eh oui, c'est moi, c'est bien moi. Le dromadaire de charme pour vous servir.

 

Bouchet : Ceci est le plus beau jour de ma vie.

 

Pécuvard : Vous nous apportez donc une outre remplie d'eau ? Bonheur !

 

Le dromadaire de charme : Crotte de bique, je l'ai oubliée.

 

Bouchet : Oublié quoi ?

 

Le dromadaire de charme : L'outre remplie d'eau. C'est terrible, je suis de plus en plus distrait. Comment expliquer ça ?

 

Pécuvard : Ce n'est rien, je vous assure, ce n'est qu'un détail.

 

Le dromadaire de charme : C'est déprimant.

 

Pécuvard : Nous puiserons dans nos dernières ressources pour reculer encore l'instant divin où l'eau fraîche sortira de l'outre pour nous rafraîchir le gosier !

 

Le dromadaire de charme : Ne vous inquiétez pas, je suis véloce et nous serons vite à bon port. Ne perdons pas de temps. Permettez que je m'agenouille pour que vous puissiez me grimper sur le dos.

 

Bouchet : Mais je vous en prie, faites donc.

 

Le dromadaire de charme, qui s'agenouille : Lequel de vous deux est monsieur Vladimir ?

 

Pécuvard : Vladimir ? quel Vladimir ?

 

Le dromadaire de charme : Je suis chargé de recueillir monsieur Vladimir et monsieur Estragon. Alors, vous êtes monsieur Estragon ?

 

Pécuvard : Non, je m'appelle Pécuvard et voici mon ami Bouchet.

 

Le dromadaire de charme, qui se relève brusquement : Vous n'êtes pas messieurs Vladimir et Estragon ? Mais c'est une histoire de fous !

 

Bouchet : Mais non. Mais quelle importance ?

 

Le dromadaire de charme : Crotte de bique ! J'ai dû me tromper de direction. Et ces pauvres messieurs Vladimir et Estragon qui doivent m'attendre dans un épuisement total et presque morts de soif ! déjà que j'ai oublié l'outre remplie d'eau fraîche ! Désolé, mais j'ai affaire ailleurs. (Il part au grand galop, laissant nos amis pantois.)

 

Bouchet : N'aurais-tu pas le sentiment, Pécuvard, que parfois l'injustice règne sur le monde ?

 

Pécuvard : Une injustice totale, Bouchet.

 

Paul Emond, histoire de l’homme. Tome I. Lansman éditeur

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Autocitations
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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