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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:39

 

 (Aujourd’hui dimanche, autocitation)

 

LE HUITIEME

 

Ils étaient sept, il en fallait huit.

Toi qui viens d’ailleurs, viens faire le huitième ! m’a crié le premier quand je suis arrivé.

Qu’est-ce qu’il faut faire ? j’ai demandé.

Justement, t’as rien à faire, t’as qu’à faire le huitième, a répondu le second.

Ils me regardaient tous les sept avec un tel désir dans les yeux que j’ai dit : bon, puisque vous insistez et que je n’ai rien à faire, c’est d’accord.

Vive le huitième ! ils ont crié et ils sautaient de joie et ils m’auraient embrassé mais moi, je déteste qu’on m’embrasse.

Donc, on était là tous les huit, on était assis en rond et on se donnait la main.

Maintenant que nous sommes huit, a dit le premier, la question est de savoir quel est celui d’entre nous qui va servir de bouche-trou.

C’est une excellente question, a dit le second.

Une question vraiment excellente, a dit le troisième.

Une question parfaitement excellente, a dit le quatrième.

Plus que parfaitement, a dit le cinquième.

Parce qu’excellente serait un faible mot, a dit le sixième.

Et même un très faible mot, a dit le septième.

Mais moi, je n’ai rien dit et tous les sept, ils m’ont regardé.

Tu n’as rien dit, a dit le premier.

Tu n’as rien dit du tout, a dit le second.

Rien du tout du tout, a dit le troisième.

Pas le moindre petit pet de mot, a dit le quatrième.

Même pas un fifrelin, a dit le cinquième.

Ton silence est éloquent, a dit le sixième.

Ton silence nous dit que c’est toi le bouche-trou, a dit le septième.

Il était assis à ma gauche et il m’a lâché la main.

Et le premier, qui était assis à ma droite, m’a aussi lâché la main.

Puis, tous les sept, ils m’ont regardé fixement.

Puisque tu es le bouche-trou, a dit le deuxième, mets-toi au milieu.

Au milieu du cercle, a dit le troisième.

Bien au milieu, qu’on te voie bien, a dit le quatrième.

Mais qu’est-ce que tu attends ? a dit le cinquième.

Plus vite que ça ! a dit le sixième.

Obéis ! a dit le septième et il m’a poussé méchamment.

Alors, moi, je me suis levé et je me suis mis au milieu.

Alors, tous ils ont crié en se levant aussi : l’affreux bouche-trou ! l’affreux bouche-trou que tu es ! l’affreux bouche-trou qui vient d’ailleurs !

Et ils m’ont jeté de grosses pierres qu’ils avaient soigneusement dissimulées avant que je n’arrive.

 

                        Paul Emond, Histoire de l’homme, tome 1, Lansman éditeur.

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Autocitations
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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