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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 22:25

  

 Ceci, chez Borges :

 

La musique, les états de félicité, la mythologie, les visages travaillés par le temps, certains crépuscules et certains lieux veulent nous dire quelque chose, ou nous l’on dit, et nous n’aurions pas dû le laisser perdre, ou sont sur le point de le dire ; cette imminence d’une révélation, qui ne se produit pas, est peut-être le fait esthétique.

« La muraille et les livres », Autres inquisitions, divers traducteurs, Oeuvres complètes, T.1, Bibliothèque de la Pléiade.

 

Ce presque dit qui n’est pas dit, parce qu’indicible ou parce que toujours quelque obstacle empêche de le dire, hante toute une littérature, tout comme il hante nos rêves.

 

Chez Novalis :

 

Et dans son souffle, sur ses lèvres, elle lui murmura un mot étrange et mystérieux qui résonna dans tout son être. Il allait le répéter - quand son grand-père l'appela et le réveilla.

Il eût donné sa vie pour se rappeler ce mot.

Heinrich von Ofterdingen, traduction Y. Delétang-Tardif, Romantiques  allemands, T.1, Bibliothèque de la Pléiade.

 

Chez Paul Willems :

 

C'était marée basse et j’entendais au loin déferler les vagues, disant, redisant ce  disent depuis des millions d’années. Préparé par mon rêve, il me semblait que j'allais comprendre ce qu'elles disaient : les vagues ne disent que deux mots : le premier s'élance sur la plage et vient vers nous. Le second se retire en reprenant ce que le premier disait.

Mais j’avais beau écouter, je n’entendais rien de plus que des vagues.

 « Tchiripisch », La cathédrale de brume, Fata Morgana

 

Retour à Borges, à propos d’une prairie si proche de la mer de Willems :

 

Il existe une heure de la soirée où la prairie va dire quelque chose ; elle ne le dit jamais ou peut-être le dit-elle infiniment et nous ne l’entendons pas, ou nous l’entendons, mais ce quelque chose est intraduisible comme une musique…

« La fin », Fictions, divers traducteurs, Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade.

 

Envisagée dans cette perspective, toute véritable révélation serait évidement tristement prosaïque. Comment ne pas penser aussi à L’image du tapis d’Henry James, qui évoque de l’œuvre d’art son secret essentiel ?

 

 

 

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Published by paulemond.over-blog.com - dans Thèmes
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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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