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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 10:54

 

Je ne suis pas un grand lecteur de poésie. Parfois pourtant…. Paul Willems avait pour Apollinaire un véritable culte. Plus d’une fois, à Missembourg, au cours de nos conversations dans son grand bureau-bibliothèque, il est allé vers l’armoire vitrée où il rangeait ses livres particulièrement précieux et en a sorti un vieil exemplaire d’Alcools, qui tombait presque en lambeaux à force d’avoir été relu. Il l’ouvrait prudemment, s’arrêtait à La chanson du mal-aimé : « Ecoute ceci, c’est magnifique ! » Et de sa voix dont j’entends encore les r rouler doucement :

 

         Mon beau navire ô ma mémoire
         Avons-nous assez navigué
         Dans une onde mauvaise à boire
         Avons-nous assez divagué
         De la belle aube au triste soir

         Adieu faux amour confondu
         Avec la femme qui s'éloigne
         Avec celle que j'ai perdue
         L'année dernière en Allemagne
         Et que je ne reverrai plus

         Voie lactée ô sœur lumineuse
         Des blancs ruisseaux de Chanaan
         Et des corps blancs des amoureuses
         Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
        Ton cours vers d'autres nébuleuses

Puis, il revenait à Zone, le premier poème du recueil et lisait – ou plutôt récitait par cœur – ces vers qu’il aimait tout particulièrement, parce que, disait-il,  la poésie y donnait sa noblesse au quotidien le plus prosaïque :

 

         J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
         Neuve et propre du soleil elle était le clairon
         Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
         Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
         Le matin par trois fois la sirène y gémit
         Une cloche rageuse y aboie vers midi
         Les inscriptions des enseignes et des murailles
         Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent
         J'aime la grâce de cette rue industrielle
         Située à Paris entre la rue Aumont-Thieville et l'avenue des Ternes

 

Il répétait d’un air rêveur et gourmand : « et les belles sténo-dactylographes / Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent » « Voie lactée ô sœur lumineuse / Des blancs ruisseaux de Chanaan »…

 

Et à propos de la voie lactée, dans le prologue des Mamelles de Tirésias du même Apollinaire, cette phrase fameuse :


        Il est grand temps de rallumer les étoiles.

 

Je la retrouve en exergue d’un catalogue du merveilleux sculpteur de verre slovaque Yan Zoritchak, dont je ne résiste pas à l’envie de reproduire ci-dessous deux fleurs célestes :

 

Etrangers-partout.jpgzoritchak yan-sans titre~300~10051 20071203 1295 963

 


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valentini 20/01/2012 15:35

Vie de chien

La vie que j'ai menée, m'a laissé sans modèle.
Suis-je le messie qu'annonçait la prophétie?

Le brouhaha, ah, ah, ah, laisse la place au silence.
Tous ou presque me regardent avec un drôle d'air.
Un air entendu, je ne sais plus combien de fois!
Tellement, tellement, qu'il en devient ahurissant.
À preuve cet exemple concordant le plus récent,
de Téhéran à Jérusalem, l'accord est général:
il est fou! Le sentiment que j'ai de moi se confirme.
La prophétie dit que j'apporterai la paix sur terre.
Elle a même prévu une mise en mort, soignée,
pour compenser le trou du budget militaire.
Et donc opérée dans les règles de l'art qui satisfait
aux règles communes à toutes les religions.
Au calcul rationnel, le scalpel, aux patients,
(pensez à prendre rendez-vous), la prière.
J'accepte, je consens, je dis oui à l'Apocalypse.
La mort n'est rien. L'amour n'a pas de prix.
Le messie se sépare de tous les maquignons.
Radical à dessein, il ne discute pas le bout de gras.
D'ailleurs, quel poseur-laveur de carreaux riches
témoignera qu'il m'a vu à Camp David ou Oslo?
J'entends une explosion. Après la joie, la haine.
Tout va bien. Je viens de franchir le mur du son.
Cette fois, j'ai l'absolue certitude de moi-même.
La prophétie atteste que je descendrai du ciel
au milieu des flammes. Personne ne me reconnaîtra.
Le monde entier s'unira dans l'unanime humanité.
Il verra en moi, l'adversaire qu'il attendait.
Je n'ai pas peur. Je suis le peintre sans pinceau
qui oeuvre au noir du miroir. Qu'imaginiez-vous?
Que le messie n'a pas prévu de porte de sortie?
Eh bien! Regardez-vous! C'est vous, la porte.

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  • : Romancier et auteur dramatique, Paul Emond est aussi, depuis de longues années, un lecteur enthousiaste. Il vous raconte ici régulièrement tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la littérature et vous fait part de ses passions, de ses réflexions et de ses découvertes…
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